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Le verre à moitié plein : une gestion de crise à l’échelle humaine

3 juillet 2020
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Marie Duhamel, notre nouvelle agente de développement numérique, m’a récemment demandé de publier un billet sur le blogue du RED pour faire part de comment j’ai vécu professionnellement et personnellement la pandémie. Bien qu’un peu mal à l’aise de me mettre ainsi de l’avant, j’ai tout de même accepté de répondre à ses questions… parce qu’elles m’ont souvent été posées par nombre d’entre vous ! Je suis bien consciente que j’ai été une figure de proue pour les écoles de danse pendant la crise, surtout pour les directions, et c’est avec humilité que je dépose ici ma vision des choses, en répondant aux questions de Marie.

Comment t’es-tu préparée à la COVID-19 ? L’as-tu vue venir ?

Je l’ai vue venir à minuit moins une si je peux dire (et ce, dans tous les sens du terme), mais j’avais vraiment sous-estimé l’ampleur que ça prendrait! Il faut savoir d’abord et avant tout que je ne regarde plus les nouvelles télévisées et que je lis très peu l’actualité depuis quelques années. Je trouve que le sensationnalisme est devenu tellement omniprésent que ça m’envahit et que de toute façon, les nouvelles vraiment importantes viennent toujours à mes oreilles d’une manière ou d’une autre. Ce n’est donc pas grâce aux médias que j’ai pu voir venir. Je me souviens très bien du 12 mars, petite soirée tranquille avec ma famille et mon conjoint, qui travaille pour une entreprise américaine et qui lit l’actualité (!). Il me parle alors d’une pandémie mondiale et il m’informe que les voyageurs qui reviennent au pays doivent être mis en quarantaine pour éviter l’éclosion du virus au Canada. Voilà le déclic! La fille de PR en moi a pris le dessus, j’ai sauté sur mon ordinateur et je suis allée voir tous nos sites de veille informative. J’ai compris que c’était le temps de s’y mettre et j’ai tout de suite pensé à outiller les écoles de danse pour communiquer sur les mesures d’hygiène et advenant une fermeture temporaire. Alors la nuit du 12 au 13 mars, je l’ai passée à rédiger des communiqués, des lettres aux parents, à créer des affiches, etc. Mon objectif n’était pas encore très clair, mais je voulais aider les écoles dans cette crise naissante parce que je savais qu’elles auraient à réagir vite. J’ai toujours aimé travailler sous pression, ça fait sortir le meilleur de moi. À l’université, le cours de gestion de crise a été de loin mon préféré et je l’ai passé avec une note parfaite (rires). Dans mes emplois précédents, on m’a souvent parlé positivement de ma capacité à réagir sous pression, pas une pression continue, mais une vraie situation d’urgence. Je n’avais pas encore réalisé à quel point c’est vrai que c’est naturel pour moi, mais là, je pense que j’ai compris!  

Le 13 mars, j’ai appris que l’école publique fermait pour deux semaines et là, c’était réel. J’ai sauté dans la locomotive du train sans avoir pris le temps de regarder le paysage ou la route, mais j’étais prête mentalement à gérer ça.  

D’un point de vue plus personnel, je n’avais pas réalisé dans la fameuse nuit du 12 au 13 mars qu’il se pouvait que ma fille de 7 ans, mon conjoint, mon amie (que je dépannais en l’hébergeant), son chat et moi on vivrait tous en confinement dans ma maison trop petite et remplie de boites vu mon déménagement prochain. HEUREUSEMENT, parce que là, j’aurais peut-être paniqué un peu…

Comment as-tu vécu la pandémie et la période de confinement ? 

Je suis une personne qui est la plupart du temps très positive. Même dans les moments difficiles, j’essaye de voir le bon côté, j’ai toujours été comme ça, à chercher le rayon de soleil dans les périodes sombres. 

D’un point de vue strictement rationnel, la COVID-19 a été une giga tempête qui m’a demandé de puiser dans une réserve d’énergie que je n’avais pas et j’ai du gérer tellement de choses en même temps que j’ai pensé y laisser un peu de ma santé mentale (!), comme beaucoup de gens d’ailleurs qui ont dû composer avec cette situation exceptionnelle. Le travail qui a pris une ampleur sans normes, avec un poste vacant et une employée en arrêt maladie ; mon conjoint et moi avons dû organiser l’école à la maison avec ma fille de 7 ans et comme elle a un tempérament anxieux, il fallait l’encadrer particulièrement ; nous venions de faire l’achat d’une nouvelle propriété, mais notre maison n’était toujours pas vendue donc un stress financier important en plus de l’organisation du déménagement et je voulais être présente pour mon amie qui était chez moi et qui vivait elle-même un moment très difficile. Sans compter d’être coupée de la famille et de mes amis, surtout de ma grand-maman qui souffre d’un début d’Alzheimer et qui me téléphonait presque quotidiennement, en plus du stress d’attraper la COVID-19 moi-même, étant considérée personne à risque vu mes antécédents médicaux. Bref, j’avais une bonne charge mentale à supporter! 

Mais si je suis honnête, je n’ai jamais vraiment pensé à tout ça. Mes années de coaching et de développement personnel m’ont probablement aidée à vivre ça différemment. J’ai pris une chose à la fois, heure par heure même quand le stress montait et j’ai toujours gardé le focus. C’était chargé, mais c’était surmontable et j’ai placé mon attention sur la composante positive de chaque épreuve, si bien que je ne garde que des bons souvenirs de ces mois de confinement. Contrairement à plusieurs, j’avais un emploi garanti et un salaire régulier, j’avais la chance que toute ma famille soit en santé, j’ai eu le privilège de partager des moments uniques avec mon conjoint, ma fille et mon amie, j’ai réussi à vendre ma maison en contexte de pandémie (!) et le RED s’est tellement développé que j’ai atteint plusieurs de mes objectifs des trois prochaines années en quelques semaines ! J’ai eu du plaisir à tisser des relations avec les membres dans les communautés virtuelles, j’ai découvert plein de gens intéressants, je me suis fait de nouveaux amis, je me suis dépassée, j’ai beaucoup appris et j’ai aussi reçu une dose de reconnaissance et d’amour hors du commun. Que demander de plus?

Comment faisais-tu pour te tenir à jour tout en étant avec ta fille et ton conjoint à temps plein?

C’était là le grand défi. Être présente tout le temps et pour tout le monde, moi incluse… (rires)! Les nouvelles arrivaient de partout, à n’importe quelle heure. Les besoins de la famille n’avaient pas d’horaire précis non plus. 

Premièrement, j’ai recommencé à écouter et à lire l’actualité, mais en gardant ça au minimum. Les conférences de presse des deux premiers ministres Legault et Trudeau, et un peu d’Infoman pour en rigoler, me suffisaient. Le reste des informations, c’est notre veille stratégique bien développée au RED qui me les transmettait. Et j’ai la chance d’être autodidacte, alors je pouvais faire moi-même et en temps réel ou presque toutes les mises à jour nécessaires sur le site du RED et de la page Facebook. Ça aide beaucoup pour la gestion du temps. 

Ensuite, je n’avais plus d’horaire de travail. Comme pour beaucoup de gens, je pouvais m’occuper du travail de mathématique de ma fille et faire la file pendant deux heures à l’épicerie tout en travaillant. Je profitais des temps d’attente pour lire les nouvelles et je me connectais après que tout le monde soit couché pour mettre le site du RED à jour! 

Puis, j’avais aussi mes employées, mon conseil d’administration, le comité de relance et de nombreux alliés pour me soutenir. Je ne me suis jamais sentie seule dans cette gestion de crise, et ça, c’est primordial!

Quant à la famille, il a fallu un petit temps d’adaptation pour tout le monde et j’ai dû souvent expliquer à ma fille pourquoi je ne pouvais pas toujours répondre à ses besoins dans l’immédiat, mais je pense que c’était un bel apprentissage pour elle, ça lui a fait prendre beaucoup de maturité. Ça, c’est quand même mon petit deuil personnel, de ne pas avoir profité plus de cette chance unique d’être avec ma fille. Malgré tout, je n’ai pas diminué ma qualité de présence avec elle, je n’ai juste pas pu ajouter en quantité. Disons que les jeux vidéo ont pris beaucoup (trop!) de place à mon goût… 

Dans tout ça, j’ai suivi mon instinct qui ne me trompe jamais. Je me suis toujours réalisée à travers le travail et je suis passionnée de la gestion de crise, alors c’était impensable pour moi de ne pas faire comme je l’ai fait. Devenir mère au foyer?! Je me serais éteinte… D’ailleurs, mon conjoint le sait très bien et c’est pour ça qu’il a suivi le train sans trop protester, même si j’étais encore plus débordée qu’avant (qui était déjà beaucoup trop). Il comprenait bien le rôle que je jouais et il m’a toujours appuyée.

Vue de ma nouvelle cours arrière.

Comment vivais-tu ça d’être à la tête d’un réseau, de t’assurer que ton équipe et tes membres aient l’information juste et au bon moment ?

L’information juste… Quelle source de frustration! J’ai apprécié la gestion de crise du gouvernement et leurs points de presse quotidiens au départ étaient clairs, donc c’était facile à suivre. Mais plus la crise avançait, surtout avec l’arrivée des déconfinements, plus on perdait en clarté et en précision. Les informations arrivaient au compte-goutte et les consignes prêtaient à interprétation. Notre secteur passait entre les craques et c’était vraiment difficile d’être reconnus, autant du côté de la culture que du côté des loisirs! Nos répondants au ministère tentaient de nous épauler et de nous ouvrir certaines portes, mais eux-mêmes n’avaient pas toujours les réponses. Comme le RED n’a pas un mandat d’encadrement d’une fédération sportive, je me questionnais toujours sur la ligne à ne pas franchir aussi. 

C’est évident que les écoles cherchaient des réponses et à certains moments, il y avait beaucoup de pression. J’ai toujours tenté de réfléchir avant de réagir pour maintenir le cap et je pense qu’en général, on y est parvenu. Je sais bien que ça ne peut pas plaire à tous et que des personnes ont été déçues, mais j’ai toujours tenté de travailler dans le but d’aider le secteur au complet, même au-delà de nos membres. 

Quant à mon équipe, heureusement nous avions déjà tous les outils en place et nous étions bien organisés pour le télétravail. Ce fut un peu difficile de ne pas se voir, mais on a vraiment bien géré et on a développé de nouveaux réflexes pour le travail à distance. C’est en grande partie grâce au travail dans l’ombre de ces trois magnifiques personnes que j’ai pu être aussi présente pour la communauté et suivre la cadence. Le plaisir est au cœur de mes valeurs et j’essaye d’adopter un mode de gestion souple et familial. 

Comment envisages-tu la suite pour le RED ? Qu’est-ce que tu souhaites garder et développer davantage ?

Tout?! (Rires) Ça fait 6 ans que je suis à la barre du RED et que je cherche comment le développer davantage et lui donner l’orientation que j’ai en tête. Il aura fallu la COVID-19 pour y parvenir! Juste avant la crise, mes coprésidentes et moi avions rencontré le ministère de la Culture et des Communications pour déposer un projet de repositionnement stratégique du RED. Drôle de coïncidence, j’ai reçu la réponse positive le 13 mars, jour 1 de la crise. 

J’ai toujours voulu un RED plus inclusif et représentatif de la réalité du terrain. Je voulais plus de place pour de nouveaux genres de danse, pour les directeurs et pour des écoles des quatre coins du Québec. Les valeurs qui ont été transmises durant la crise, le genre de formations organisées, les communautés virtuelles et tout ce que vous avez vu ou perçu du RED, c’est ça que je vois pour l’avenir. 

Beaucoup de beaux défis nous attendent! Autant dans la suite de la crise de la COVID-19, car il reste encore des genres de danse qui n’ont pas pu reprendre, des difficultés financières pour beaucoup d’écoles et le suivi d’une éventuelle 2e vague, mais aussi dans le repositionnement du RED. J’espère être en mesure de conserver le mouvement de solidarité, de maintenir le membership et de développer de nouveaux services. Beaucoup d’écoles nous ont découverts grâce à la COVID-19, je veux qu’elles voient la plus-value d’être membre du RED à long terme!

Notre secteur ne sera plus le même après la crise et même si c’est encore tôt pour en tirer toutes les conclusions, je pense tout de même que la place que le RED a prise dans la gestion de crise a été très bénéfique. Nous avons pu démontrer l’importance d’un organisme de regroupement comme le nôtre, faire la preuve de l’étendue et des grands besoins des écoles de danse de loisir du Québec et nous avons réussi à nous développer à l’échelle humaine, toujours en maintenant une attention sur nos valeurs si chères au RED : qualité, sécurité, plaisir, collaboration, respect, inclusion et diversité. 

J’espère que les membres seront au rendez-vous pour cocréer le RED de demain, grâce à notre projet de repositionnement stratégique, car au final, ce sont les membres qui vont dicter les orientations!


Un article de Véronique Clément

Après des études en arts et technologies des médias et un baccalauréat en communication, Véronique Clément a travaillé pendant une dizaine d’années pour les milieux culturel et du développement international. En 2006, elle a lancé son entreprise de communication et marketing web; elle comptait parmi ses clients le Réseau d’enseignement de la danse, pour lequel elle a réalisé des mandats web et assuré la coordination de projets et d’événements. Toujours avide de nouveaux défis et animée d’une passion pour le milieu culturel, Véronique Clément assume la direction générale du Réseau d’enseignement de la danse depuis 2014.

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