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Le consentement en danse

27 août 2020
dans

Ces dernières années et particulièrement ces derniers mois, des mouvements comme #moiaussi et des dénonciations visant des gestes à caractère sexuel ont fait les manchettes.

Démasquant des pratiques et des actions longtemps réalisées dans le silence et souvent tabous, on assiste aujourd’hui à un changement social : non à la violence sexuelle, quelle qu’elle soit! Majoritairement victimes de ces abus, les femmes et les jeunes filles sont appelées à partager leurs histoires afin de mettre fin à ces conduites inappropriées ayant des impacts considérables dans leur développement. Le milieu culturel, dont celui de la danse, n’a pas été épargné par ces allégations.

Une pratique sécuritaire et égalitaire

En tant que professeurs de danse, nous devons assurer un climat de respect, de sécurité et de confiance dans nos classes. Le studio de danse est souvent synonyme d’estime de soi et de bien-être pour les élèves. Il est important de favoriser un safe space, pour l’intégrité autant physique que psychologique de ceux-ci. Alors que les gestes à caractère sexuel sont clairement identifiables dans certains secteurs, comment les agressions peuvent-elles être reçues dans le milieu de la danse et comment pouvons-nous les éviter?

Le corps est au centre de notre pratique. Il est notre outil. Il nous permet de nous mouvoir et de nous exprimer, mais il devient aussi observé et jugé. Il devient objet de représentation, une oeuvre d’art que l’on façonne par soi-même, mais aussi selon les directives, parfois vocales, parfois tactiles, des enseignants. Dès lors, le rapport entre les élèves et leurs enseignants devient sensible par la nature de la pratique.

Des ressources inspirantes

Sur le site de Jeunesse, J’Écoute, le consentement se définit comme :

« […] un accord volontaire pour faire quelque chose. […] il est important que chaque personne impliquée donne ou obtienne un consentement enthousiaste. On entend par consentement enthousiaste que chacun accepte ce qui se passe et l’exprime clairement par des mots et des actions.»

Le site Éducaloi met l’importance sur un consentement clair, libre et éclairé.

Il faut rester sensible et à l’écoute de nos élèves. J’ai appris à danser en me faisant corriger par le toucher de mon professeur. Je n’y voyais aucun problème puisque j’avais confiance en celle-ci et mon sentiment de sécurité était comblé. J’avais tendance à reproduire ce comportement dans mes premières années d’enseignement. Avec le temps et avec les prises de conscience de ces dernières années, j’ai révisé ma façon d’aborder mes élèves. Je demande avant d’intervenir, je m’assure que le toucher est nécessaire et consenti. Je fais des retours afin de vérifier si l’action a été bien reçue, etc. Je ne tiens plus pour acquise l’universalité d’un geste et surtout, j’essaie de rester ouverte et attentive à mes élèves. Même si un toucher se veut objectif dans une perspective corrective, sa réception par l’autre ne nous appartient pas. Il devient alors primordial d’assurer le consentement de celle (ou celui) qui le reçoit.

Outre l’aspect physique, l’environnement psychologique des cours de danse est important dans le respect des élèves. Nous devons mettre de l’avant la diversité des corps, des identités et cultures. Chaque corps et chaque personne est unique. Il faut faire preuve de subtilité dans nos commentaires relatifs au physique. Oui, le corps est au centre de notre attention. Néanmoins, il faut avant tout considérer ce corps comme une personne. Une personne ayant ses insécurités, ses inconforts et son bagage personnel. La danse peut parfois être rigide. « Tu n’as pas le corps d’une danseuse, tu es trop ceci, tu n’es pas assez cela… »

Il faut trouver les mots justes, parfois critiques, mais surtout impartiaux. Le respect se retrouve non seulement dans l’efficacité et la justesse de nos interventions, mais aussi dans le ton. Nous sommes des passionnées et la danse requiert de la discipline.

Certaines attaques peuvent se faire ressentir par l’agressivité communiquée, volontairement ou non, à travers des échanges. Ridiculiser, humilier, rabaisser ou diminuer quelqu’un, autant de la part d’un enseignant que d’un autre élève, en groupe ou en privé, ne doit jamais être acceptée.

Renseignons-nous

Le milieu de la danse, spécialement celui en milieu de loisir, doit veiller à l’épanouissement de son réseau et assurer le développement sain de sa pratique. La danse est souvent perçue comme un milieu compétitif et intransigeant où les abus de tous genres peuvent se manifester. Malgré sa rigueur, il s’agit surtout d’une communauté. Ensemble, serrons-nous les coudes et prônons une culture de respect et d’entraide. 

Pour plus d’infos, vous pouvez consulter la trousse Prévenir le harcèlement et autres violences, créée par le RQD, en cliquant juste ici.


Marie-Pier Fortier rédige des articles de blogue pour le Réseau d'enseignement de la danse

Un article de Marie-Pier Fortier

Bachelière en danse contemporaine profil interprétation (Université du Québec à Montréal), Marie-Pier Fortier a débuté sa formation jeune. Après une initiation au ballet jazz, elle a pratiqué différents styles de danse et cumule une quinzaine d’années d’expérience en enseignement dans les milieux récréatif et scolaire. Observatrice et pédagogue, elle aide les gens à se surpasser et à trouver leur propre façon de bouger en plaçant la créativité au cœur de son travail. Bien qu’elle accorde beaucoup d’importance à la technique, elle ne devrait selon elle jamais être travaillée au détriment du plaisir. Depuis quelques années, Marie-Pier s’intéresse au yoga et suit une formation professionnelle en Danga auprès de Mylène Roy.

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