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La connexion corps-esprit du danseur

27 juillet 2020
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C’est bien connu, le danseur se doit d’être « connecté » à son corps pour bien le faire bouger, maîtriser les mouvements et l’entraîner. Il y a donc une connexion mécanique, fonctionnelle, se concentrant sur l’action motrice. On parle donc d’une connexion au corps objet. Bien que ce corps objet soit le même pour tous les danseurs d’un point de vue anatomique, il y a aussi un corps sujet qui concerne la partie intangible, animée et sensible de l’individu avec son vécu, ses blessures, son expérience. Les approches somatiques ont permis d’ajouter cette dimension de la connexion corps-esprit et ont ouvert la voie à plus de 100 différentes pratiques aujourd’hui. Elle est maintenant présente dans toutes les formations de danseurs professionnels et s’insère peu à peu dans différentes approches cognitives.

Un peu d’histoire

Des arts millénaires comme le yoga, le tai-chi et le qi gong ont pavé le chemin au travail de recherche des pionniers de l’éducation somatique. Vers la fin du 19e siècle, François Delsarte, Émile Jaques-Dalcroze et Bess Mensendieck cherchaient à développer un entraînement plus à l’écoute du corps objet de chaque danseur en ressentant l’expérience du corps sujet par, entre autres, la respiration, le toucher et le mouvement.

Dans les années 70, c’est le mouvement du potentiel humain et de la santé globale qui émerge avec, entre autres, les psychologues humanistes qui mettaient en valeur l’unité de la pensée, du corps et de l’esprit comme étant fondamentale pour l’organisme humain. Cette tendance a inspiré les éducateurs somatiques et nous avons vu apparaitre, pour n’en nommer que quelques-uns : la psychothérapie corporelle (Elsa Gindler), la Technique Alexander (FM Alexander), la Méthode Feldenkrais (Feldenkrais) et, un peu plus tard, le Centrage Corps-Esprit (Bonnie Bainbridge Cohen).

Dans le milieu de la danse

Il aura fallu une dizaine d’années avant que le milieu de la danse s’intéresse plus sérieusement à ces approches parallèles et complémentaires après de nombreux articles de Martha Myers dans la revue Dance Magazine sur les thérapies du corps dans les années 80.

Moshe Feldenkrais aimait dire : « si l’on ne sait pas ce que l’on fait, on ne peut pas faire ce que l’on veut. » L’éducation somatique permet donc de clarifier l’image du corps objet et le mettre en relation avec le corps vécu, d’unifier les deux, réduisant ainsi l’écart plus ou moins grand qu’il pourrait y avoir entre eux. Cette approche offre au danseur une meilleure connaissance de son propre outil et donc, un meilleur contrôle sur ses mouvements.

Virage somatique en sciences cognitives

Il a été démontré, dans différentes recherches scientifiques, que nous faisions erreur en prétendant que la pensée et le corps étaient séparés. « Toutes activités du cerveau s’accompagnent et s’expriment par le mouvement » (Berthoz, 1998, p. 68). Grâce aux méthodes de visualisation fonctionnelle (IRMf), les sciences cognitives se sont rendu compte de l’incarnation de la pensée dans la matière. Cette cognition incarnée présente un cerveau qui se développe et fonctionne essentiellement en relation avec le corps total. « La pensée, les émotions, les sensations, l’abstraction sont vécues dans la musculature, le rythme cardiaque, la respiration, la posture, et ce, même si de l’extérieur le corps manifeste peu de mouvements dans l’espace», nous dit Yvan Joly dans son article L’image de soi et la conscience de soi. Il s’y questionne d’ailleurs sur la possibilité que la névrose n’ait pas une base somatique dans la non-adéquation entre l’image du corps objet et celle du corps vécu, si l’on se base sur la définition de névrose offerte par Karen Horney : quand à notre insu on fait le contraire de ce que l’on pense.

Question fort intéressante de ce chercheur pour qui les méthodes d’éducation somatique sont des méthodes de sciences cognitives appliquées.

S’investir dans une démarche d’éducation sommative est réellement bénéfique pour les danseurs et leur santé corporelle. Nous pouvons affirmer que c’est également un outil puissant pour mieux se connaitre et entretenir notre bonne santé mentale.

Alors, quelle méthode essaierez-vous?

Sources :

International Association for Dance Medicine & Science (2009)

Danse et santé, Du corps intime au corps social, Presses de l’Université du Québec (2008)

Sous la direction de Sylvie Fortin

L’image de soi et la conscience de soi, Psychologie Québec, Yvan Joly M.A. (Psy), Mai 2006.

Pour aller plus loin

https://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=education_somatique_th

L’Association Internationale d’Enseignement et de Thérapie du Mouvement Somatique (International Somatic Mouvement Education & Therapy Association: ISMETA) : https://www.iadms.org/page/302

Danse et santé, Du corps intime au corps social, Presses de l’Université du Québec (2008)

Sous la direction de Sylvie Fortin

Ideokinesis : www.ideokinesis.com

La Méthode Feldenkrais : www.feldenkrais-france.orgwww.feldenkrais.com

La Technique Alexander (AT) : www.techniquealexander.infowww.alexandertechnique.com

Body-Mind Centering® (Centrage Corps-Esprit)(BMC) : www.bodymindcentering.com


Nadyne Bienvenue rédige des articles de blogue pour le Réseau d'enseignement de la danse

Un article de Nadyne Bienvenue

Formée en danse jazz, contemporaine et latine ainsi qu’en théâtre musical, Nadyne a également été instructrice d’aérobie et entraîneuse privée. Au fil de ses années d’enseignement, elle a développé un style bien à elle davantage basé sur le ressenti du danseur que sur la performance. Elle enseigne régulièrement depuis 2008 et travaille maintenant dans le milieu scolaire. Membre du répertoire culture-éducation pour le programme La culture à l’école, elle est artiste invitée en danses latines au secondaire et offre des cours de danse créative pour le niveau préscolaire et le premier cycle du primaire. Elle donne également des cours de Danse pleine conscienceMC aux adultes, une approche qu’elle a développée en 2017 et qu’elle a présentée au premier Symposium international sur la danse et le mieux-être en mai 2018.

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