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LES BRAS ET LES PORTS DE BRAS EN DANSE CLASSIQUE 

25 février 2020
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De beaux bras sont indissociables des qualités artistiques en danse. Ainsi, l’étude des bras et des ports de bras constitue un aspect vital de l’apprentissage de la danse en général, et de la danse classique en particulier.

Parmi les qualités recherchées : de jolies lignes exemptes de tension en dépit des efforts déployés par le reste du corps; la prestance du tronc et de la tête, ainsi que leur implication subtile dans le mouvement; un regard éveillé et la capacité de transmettre des émotions « de l’intérieur, puis jusqu’au bout des doigts ». Toutes ces qualités demandent une capacité de dissociation (haut et bas du corps), une sensibilité et une finesse, qui peuvent prendre des années à développer.

Au début de l’apprentissage, on étudie les positions de base et les premiers ports de bras qui permettent de passer d’une à l’autre. On étudie également la main, essentielle pour de beaux bras.

Ports de bras: Les règles de base

Bien qu’on pourrait écrire un livre au sujet des ports de bras, voici au moins quelques règles de base :

  • Les bras classiques sont placés devant le tronc, plus courbés et souvent plus bas (en 1re et à la seconde par exemple) qu’en danse jazz et contemporaine, et les coudes ne sont jamais en hyper-extension;
  • En 5e en haut, le visage demeure visible dans son « cadre », grâce aux coudes bien ouverts;
  • En seconde position, trois rotations créent la bonne ligne. La première, dans les épaules, est une légère rotation externe qui confère une belle ouverture latérale à la ceinture scapulaire et « ancre » les bras dans le dos en les « connectant » aux omoplates. La deuxième est une rotation interne du bras, qui dirige le creux du coude vers l’avant, et la troisième est une rotation externe de l’avant-bras, qui est complétée par le poignet et la main, légèrement courbés vers l’avant;
  • Lorsque le bras avance, l’épaule doit demeurer stable et sans tension (elle a tendance à avancer en 1re et à monter en 5e en haut);
  • Le tronc est allongé et élégant grâce au sternum et au menton légèrement inclinés vers le haut, la ceinture scapulaire est bien ouverte sans comprimer les omoplates (image d’un veston aux larges épaulettes) et les épaules, le cou et le visage sont exempts de tension.

Avec les élèves débutants, j’aime – et ils adorent! – faire des exercices pour la sensibilité et la conscience des mains et des bras. 

Je commence par l’étude de la main au repos. J’attire l’attention sur le fait qu’au naturel, la main ressemble déjà beaucoup à celle recherchée en danse. Le pouce repose naturellement en ligne avec l’index, les doigts s’alignent sans se toucher et sont naturellement arrondis. Pour la majorité, il s’agit simplement d’allonger légèrement la courbe des doigts pour doter la main de la ligne souhaitable.

Idées d’exercices des bras

Voici quelques idées d’exercices pour éveiller la conscience et la sensibilité : 

  • Pressions des mains l’une contre l’autre, du talon de la main jusqu’au bout des doigts, suivis d’un envol léger en déployant ses « ailes de papillon », ou en créant des formes (fleur, coeur, etc.).
  • Mouvements de vagues et ondulations des mains, sans engager le bras.
  • Ports de bras complémentaires tels les ondulations, vols d’oiseau, vagues, figures de 8.

Pour faire comprendre la courbe des bras devant le tronc et le tracé souhaitable des ports de bras de côté (notamment celui de 5e en haut à la seconde, un des plus difficiles à maîtriser), je place les élèves face à un mur libre, les bras en 5e en bas à quelques centimètres des cuisses, et le côté des index en contact avec le mur. Je leur demande de tracer un demi-cercle vers le haut avec chaque bras, en gardant un léger contact avec le mur.

J’attire leur attention sur les transformations qui s’effectuent naturellement lorsque l’on maintient la rotation interne du bras : à la 2de, la paume est tournée face au mur et le bout du majeur est en contact; en 5e en haut, le côté du petit doigt touche au mur. On inverse évidemment pour revenir au point de départ.

Mais par où commencer?

J’aborde également très tôt les positions et mouvements de la tête, incluant la ligne « inclinée et tournée » qui accompagne si bien les ports de bras classiques.

De beaux ports de bras impliquent la prestance et l’implication dosée de la tête et du tronc, aspects qu’on a avantage à inculquer très tôt. L’expressivité et la sensibilité du geste doivent aussi être abordées dès le départ.

C’est pourquoi dans les exercices de sensibilisation comme dans les ports de bras de base, je cherche dès le début un « sens » aux mouvements des bras. Je demande aux élèves d’ouvrir leur coeur, d’offrir un cadeau (fleurs, chocolat, papillon…), de raconter une histoire, de faire bouger leurs bras « de l’intérieur »… Autant d’exemples de moyens pour doter les ports de bras de sensibilité artistique.

Qu’ils soient en pose ou en mouvement, les bras devraient créer de jolies lignes exemptes de tension, bouger de manière douce et fluide ou précise et efficace selon les pas qu’ils accompagnent, et contribuer aux lignes corporelles et à l’expressivité du danseur. 

Tout cela prend beaucoup de temps à développer, et je vous invite à multiplier les occasions en classe pour travailler les bras et les ports de bras. Portez attention aux préparations; intégrez des ports de bras intercalés ou intégrés selon le niveau, aux pas de base et aux pas de déplacement; insérer des sections consacrées aux ports de bras dans un enchaînement; improvisez sur le thème des ports de bras, etc.

Bref, ayez le souci d’offrir dans vos classes de tous les niveaux, un bon entraînement global qui inclut les bras et les ports de bras dans leurs aspects tant technique, qu’artistique.


Portrait de Dominique Turcotte

Un article de Dominique Turcotte

Diplômée de l’École nationale de ballet du Canada et licenciée de l’Imperial Society of Teachers of Dancing, Dominique Turcotte a enseigné quatre ans au Ballet national avant de s’établir à Québec en 1983. Elle fut directrice générale et pédagogique de L’École de danse de Québec de 1985 à 2009. Très impliquée dans le développement de son milieu, elle a siégé sur plusieurs conseils d’administration et comités professionnels aux niveaux régional, provincial et national. Sa contribution au développement de la danse à Québec lui a valu plusieurs reconnaissances, incluant le prestigieux prix Femmes de Mérite du YWCA dans la catégorie Arts et Culture (2009).

Depuis 2011, Dominique se consacre à l’enseignement à titre de pigiste. Elle a été professeure invitée dans une douzaine d’institutions au Québec, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Dominique est membre fondatrice du Réseau d’enseignement de la danse. Coauteure du programme RED pour l’enseignement de la danse classique, elle enseigne occasionnellement lors de ses stages de développement professionnel. Elle est également membre du comité pédagogique aviseur du RED et contribue régulièrement à son blogue et à ses divers comités et activités.

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