La danse aux Îles-de-la-Madeleine : entrevue avec Cindy Mae Arseneault

27 mars 2019
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Cindy Mae Arsenault est une enseignante, danseuse et chorégraphe. Née aux Îles-de-la-Madeleine, elle étudie la danse à Drummondville avant de revenir dans sa région et d’ouvrir son école de loisir, l’école Cindy Mae Danse. Ayant connu une croissance importante depuis 2012, l’école est devenue une coopérative en 2017. Les artistes Cybèle Pelletier et Joana Landry se sont jointes à l’équipe de gestionnaires et d’enseignantes. Ce changement d’organisation permet à l‘école accéder à du soutien financier assurant ainsi son développement, mais aussi la réalisation de plusieurs projets. Parmi ces projets, un camp d’été en danse où elle fait venir des chorégraphes et enseignants de l’extérieur afin d’en faire profiter ses élèves et son équipe.

Cindy Mae désire, dès le début, partager sa passion dans son beau coin de pays. La danse n’étant pas très accessible ni présente aux îles à l’époque, elle veut non seulement offrir un service intéressant aux jeunes, mais aussi intégrer la danse contemporaine dans le quotidien des habitants. De ce fait, la jeune enseignante est très active à la vie culturelle de la région et participe, avec ses élèves entre autres, à divers événements comme la création de performances in situ dans des lieux publics et reconnus aux îles.

Pourquoi amener la danse aux Îles-de-la-Madeleine?

Quand j’étais jeune, il y avait très peu de danse ici. C’était surtout amateur et principalement du baladi ou de la danse afrosalsa, aussi appelée pré-hip-hop. J’ai commencé assez tard. Je trouvais qu’il n’y avait pas beaucoup de diversité, du moins pour ce que je recherchais. En partant étudier à l’extérieur, je savais que je voudrais retourner aux îles. Chaque été, quand je revenais, je partageais mes connaissances, je donnais des cours lors d’événements ou sinon par moi-même à des amis. J’ai toujours eu le désir d’amener la danse ici. Sûrement parce que je n’y avais pas accès étant jeune et que je voulais offrir cette chance aux jeunes d’aujourd’hui. C’est par un heureux hasard que je suis revenue m’y installer. J’étais à Québec et une amie m’a offert une opportunité avec l’école de cirque des îles. J’ai essayé et finalement, ça a décollé.

Je me suis sentie à ma place, en train de faire la bonne chose, alors je suis restée. Au départ, dans la vie, je voulais être interprète, puis chorégraphe. Je voyais l‘enseignement un peu comme un échec. Finalement, je me retrouve vraiment à travers ça! Je serais extrêmement triste de ne pas avoir ce volet-là dans ma vie. Je me considère professeur et chorégraphe. J’aime aussi interpréter mes pièces. Je peux donc dire que j’ai le meilleur des deux mondes.

Quel est le but de la Coopérative École Cindy Mae Danse?

Ma mission première, ma mission personnelle, est d’amener la danse aux îles et j’aimerais que l’école vive longtemps. Si un jour je me retire, je veux que l’école reste vivante, que les gens aux îles continuent de danser. Quand je serai vieille, je veux pouvoir dire que ça danse aux îles! Sinon la mission de la CECMD est de développer la danse, de promouvoir cet univers artistique et physique et de permettre aux citoyens de tous les âges des Îles-de-la-Madeleine d’être plus actifs.

Est-ce que les gens ont été et sont encore réceptifs à ce type de projet?

En fait, j’offre de l’accessibilité. Beaucoup de gens aiment danser, c’est une passion pour eux. C’est aussi un moment personnel qu’ils s’accordent. Sans qu’on se le dise vraiment, je vois l’aspect thérapeutique que la danse apporte. La clientèle de la Coopérative va de 3 à 85 ans alors c’est vraiment diversifié. La danse est une activité en demande.

Quels sont les avantages et désavantages d’être dans une région isolée?

L’un des avantages, c’est qu’il a tout à faire. J’avais une belle grosse carte blanche. C’était et c’est encore génial. Il y a un bon chemin de fait, mais ça reste un gros terrain de jeu pour moi. J’affectionne particulièrement de faire découvrir la danse aux gens. C’est un aspect qui m’allume beaucoup. Allumer des étincelles, faire découvrir la danse contemporaine et voir les réactions, c’est toujours motivant. Mon travail in situ se construit autour de ça. Le spectacle en salle m’inspire un peu moins. Il reste cependant important, car j’ai quand même une structure classique d’école de danse avec des cours à l’année, des spectacles, etc., mais je crée beaucoup de projets personnels à l’extérieur de ce cadre.

L’un des désavantages, c’est que tout repose sur tes épaules. Du moins, c’était le cas comme école privée. Maintenant, en tant que coopérative, j’ai une équipe pour m’appuyer. Une autre difficulté, c’est qu’en dehors de nos formations mutuelles, qu’on se partage, nous n’avons pas facilement accès à de la formation continue. C’est un peu la même chose pour les élèves. S’ils veulent découvrir autre chose, ils n’y ont pas accès considérant la distance. Le camp d’été vient répondre à cette problématique. Le but est d’amener aux îles ce qui se fait ailleurs et d’en faire profiter autant les élèves que les enseignants. On reçoit des professeurs invités, spécialistes de différents styles. Ceux-ci offrent des cours aux jeunes durant la journée, aux ados et adultes le soir, en plus de donner une formation personnalisée aux enseignants.

Un dernier mot…

Les îles sont mes racines. Plus jeunes, ici, il me manquait tout le temps quelque chose. Je ne savais pas ce que c’était. Puis, j’ai découvert la danse. Je suis partie pour étudier. J’avais enfin ma passion, mais, là-bas, les îles me manquaient constamment. À 24 ans, j’ai réussi à combiner les deux. Je m’enracine de plus en plus chez nous en même temps d’enraciner la danse. Le match parfait pour moi.

L’une des raisons pour lesquelles l’assemblée générale du RED a voté d’enlever les évaluations obligatoires de la politique d’adhésion (3 février 2019), c’est pour favoriser l’accès à la formation continue dans les régions éloignées et l’adhésion des écoles qui vivent des réalités comme celle de Cindy!


Marie-Pier Fortier rédige des articles de blogue pour le Réseau d'enseignement de la danse

Un article de Marie-Pier Fortier

Bachelière en danse contemporaine profil interprétation (Université du Québec à Montréal), Marie-Pier Fortier a débuté sa formation jeune. Après une initiation au ballet jazz, elle a pratiqué différents styles de danse et cumule une quinzaine d’années d’expérience en enseignement dans les milieux récréatif et scolaire. Observatrice et pédagogue, elle aide les gens à se surpasser et à trouver leur propre façon de bouger en plaçant la créativité au cœur de son travail. Bien qu’elle accorde beaucoup d’importance à la technique, elle ne devrait selon elle jamais être travaillée au détriment du plaisir. Depuis quelques années, Marie-Pier s’intéresse au yoga et suit une formation professionnelle en Danga auprès de Mylène Roy.

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