Intéresser les garçons à la danse

19 avril 2017
dans

Plus jeune, dans les années 90, je ne me souviens pas avoir vu des garçons dans mes cours de danse, ni même lors de nos spectacles de fin d’année. Au secondaire, avec nos choix d’options, des garçons ont fait leur apparition dans les classes de danse. Ils n’étaient pas nombreux ; peut-être 3 dans une classe de 25 élèves et seulement dans quelques groupes! Autant la danse était valorisée chez les filles qui la pratiquaient, autant la participation des adolescents restait silencieuse, invisible et même stigmatisée : “Oui, mais c’est lui… c’est normal qu’il prenne des cours de danse”. Heureusement, notre professeure au département de danse travaillait fort à ouvrir son programme à tous. Elle mettait les garçons en valeur en proposant des danses de couple, par le biais de cours donnés après l’école et le midi. Ces chorégraphies spéciales faisaient fureur lors des spectacles, notamment par le grandiose des portées et du travail des partenaires. Bref, les garçons n’étaient plus ridiculisés dans leur choix de danser, mais ils restaient dans des rôles classiques et genrés. C’est quand même la première fois que je voyais autant de jeunes de sexe masculin s’adonner à cet art!

Beaucoup plus tard, j’ai eu la chance d’enseigner au secondaire dans une école multiethnique où le programme de danse était fortement soutenu par l’école et une professeure passionnée. C’était, et c’est encore aujourd’hui, impressionnant de voir le nombre de garçons participants aux cours de danse de cette école. Il existe plusieurs groupes complets d’adolescents de tous les niveaux. Les jeunes s’investissent dans la troupe ou participent à des projets spéciaux. La danse est un art valorisé et surtout démystifié, c’est-à-dire accessible à tous, peu importe le genre ou la nationalité de l’individu.

Le milieu de la danse reste tout de même un domaine majoritairement féminin. Pourquoi en est-il ainsi?

La danse, une question de culture

La danse est d’abord et avant tout culturelle. Dans la société nord-américaine d’aujourd’hui, les jeunes garçons sont davantage encouragés à participer à une activité sportive qu’artistique. Ils sont poussés vers les sports d’équipe, de compétition. Dans certains pays, les enfants, peu importe le sexe, sont initiés très jeune à la danse et en grandissant, les garçons continuent à la pratiquer au quotidien. Ils sont valorisés et ils ont des modèles masculins les influençant à poursuivre leurs traditions. Au Québec, notre tradition avec la danse est plutôt ancestrale (rigodon, danse en ligne, etc.) et beaucoup moins pratiquée qu’à une certaine époque.

Au Québec, la danse n’a pas de place concrète dans le quotidien des gens. Elle est pratiquée de façon majoritairement récréative à travers des cours, cours étant principalement comblés par des filles.

Les danses urbaines, populaires et masculines

Bien sûr la réalité tend à changer depuis quelques années. La danse est une activité populaire auprès des jeunes et une multitude de styles permet de trouver “chausson” à son pied. On voit une demande marquée dans les écoles de loisirs pour des cours de Hip Hop et de Breakdance et une hausse des inscriptions de jeunes hommes dans ces classes de danses urbaines. De plus en plus de professeurs masculins font leur apparition et de plus en plus de papas accompagnent leurs enfants, tout sexe confondu, à leurs cours de danse. Un changement de mentalité s’opère et la danse n’est plus exclusivement une affaire de filles! On voit beaucoup plus à la télévision des vedettes masculines de danse, dans les émissions ou les films intégrant des danses urbaines.

Il est encore difficile cependant d’avoir des garçons dans des cours, disons, plus classiques. Pourquoi? Le manque de modèles et les stéréotypes ne sont pas à négliger, mais il y a peut-être aussi un manque d’intérêt de la part des garçons, tout simplement. De façon générale, les garçons veulent bouger, se défouler. Peut-être qu’un cours d’une heure à la barre est moins adapté pour ceux-ci? La rigidité et la discipline de la danse classique et de certains autres styles ne sont pas à la portée de tous, du moins au départ. Je me souviendrai toujours de ce jeune homme, danseur professionnel d’une troupe de Hip Hop montréalaise. Il avait souligné le fait qu’il avait commencé en Hip Hop, mais afin de se perfectionner en tant que danseur, il avait fini par suivre des cours de ballet, de jazz, de moderne, etc. Il avait adoré son expérience! Aurait-il perçu ces genres de danse de la même façon plus jeune?

Une piste intéressante à explorer serait l’introduction de certains concepts de ballet ou de moderne, entre autres, à travers des cours de Hip Hop destinés aux garçons, et ce, dès leur jeune âge. Certains cours le font déjà en incorporant des séances d’étirement au sol par exemple. L’idée est de montrer les possibilités et d’ouvrir les horizons. Sortir les garçons de leur zone de confort tout en gardant le plaisir, le mouvement et la passion au coeur de leur pratique afin qu’il poursuivent dans le temps et deviennent des modèles pour les jeunes garçons à venir.


Un article de Marie-Pier Fortier

Marie-Pier Fortier est bachelière en danse contemporaine de l’UQAM, profil interprétation. Sa formation a cependant commencé tôt dans le milieu du loisir. À ces débuts, elle est initiée au ballet jazz puis touche à différents styles au fil des années. Avec plus de 15 ans d’expérience en enseignement dans le milieu récréatif et scolaire, elle développe son propre style et fait preuve de pédagogie. Marie-Pier est observatrice et désire aider les gens à se surpasser, à trouver leur propre façon de bouger. Pour elle, la technique est à la base d’une bonne performance, mais elle ne doit jamais être travaillée au détriment de la notion de plaisir. La créativité est au cœur de son travail. Ces dernières années, elle développe un intérêt pour le yoga et entame une formation professionnelle en Danga auprès de Mylène Roy.

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