L’hypersexualisation en danse

Le phénomène de l'hypersexualisation
20 février 2019
dans

L’hypersexualisation modifie la perception des élèves et la réaction des enseignants, voire des parents. La culture populaire a toujours influencé les jeunes. D’une façon générale, elle a un effet plutôt bénéfique sur leur développement. Elle leur permet d’affirmer leur personnalité et de créer des liens avec des personnes partageant des valeurs et des goûts similaires. Elle peut néanmoins parfois amener les jeunes à créer et à interpréter des mouvements inappropriés. Pour démystifier ce phénomène, j’ai rencontré Jade Marquis, chercheuse en danse et étudiante en psychologie, dont le sujet de maîtrise portait sur l’hypersexualisation dans la culture populaire et les vidéoclips.

Qu’est-ce que l’hypersexualisation?

Mme Marquis explique qu’il n’y avait pas de consensus lors de ses recherches sur le sujet en 2010. Globalement, on pourrait la définir comme une surenchère et une accumulation d’éléments liés à la sexualisation du corps. Il y a par ailleurs présence d’un enjeu de séduction.

Il faut différencier le trouble hypersexuel – faisant référence à un trouble de dépendance spécifique – et l’hypersexualisation sociale, phénomène beaucoup plus large apparu au début des années 2000. Cette dernière concerne la sphère publique et implique l’idée de voir ou de se faire voir. Sans être nécessairement conscients, certains comportements ou actions individuels sont dictés par la société.

Éléments caractéristiques

En danse, l’hypersexualisation fait surtout référence aux stéréotypes de genre véhiculés par la culture populaire : l’homme dominant et la femme, objet de désir. Dans le cadre de ses recherches, Mme Marquis en a identifié les mouvements caractéristiques : le toucher (caresses), les mouvements de bassin (d’avant en arrière, comme dans le twerk) et une intention de séduction sexualisée, exprimée par le regard. Ce dernier peut être dirigé vers un partenaire, une caméra (dans le cas d’un vidéoclip) ou des spectateurs. On parle d’une interprétation de «sur-affirmation». Le corps, les costumes, les maquillages, les choix de cadrage (en télévision, par exemple) ou d’éclairage amplifient, voire exagèrent, l’intensité. L’ensemble laisse alors peu de place à d’autres interprétations que celle d’une intention relevant de la séduction sexuelle.

Contextualiser le mouvement

Comme professeur de danse, difficile de ne pas être confronté à ce phénomène… Les élèves (et leurs parents) choisissent une école, des styles et des enseignants en fonction de ce qu’ils veulent et aiment faire. Dans ce contexte, comment les guider adéquatement lors d’un processus créatif? Il s’agit-là d’un grand défi au secteur loisir. Mme Marquis propose deux pistes de solution. La première consiste à lancer la discussion pour susciter la réflexion et développer un regard critique sur la question de l’hypersexualisation. La censure n’est pas une option, car on veut amener les jeunes à réfléchir au phénomène et à ses répercussions sans pour autant les démotiver. Il est plutôt question de les sensibiliser à certaines images et valeurs véhiculées (imposées?) par les médias. Malgré la délicatesse du sujet et le temps limité en classe, l’ouverture d’esprit et la bienveillance permettront à l’enseignant d’ouvrir la discussion et de contextualiser les mouvements proposés par les jeunes.

Cultiver le plaisir, l’expression personnelle et la fierté

L’enseignant peut aussi guider ses élèves en proposant d’autres avenues intéressantes et stimulantes. Par exemple, encourager la diversité et ne jamais sous-estimer la notion de plaisir, qui permet de se connecter à la vitalité. Au cours de ses études, Mme Marquis a en effet identifié la perte de vitalité comme une des sources des troubles de l’humeur liés à la dépression. Dans un cours de danse, le plaisir n’est pas synonyme de frivolité. Au contraire, il faut constamment l’alimenter et laisser une place importante à l’expression personnelle. S’approprier le mouvement permet aux élèves de se surpasser tout en découvrant le plaisir au moyen de leur corps. Ces compétences leur seront ensuite utiles dans d’autres sphères de leur vie, car elles donnent un sens à leurs actions.

Conclusion

Mme Marquis constate que le phénomène d’hypersexualisation a évolué en dix ans. Aujourd’hui, la diversité culturelle, de plus en plus présente dans la culture populaire, amène inévitablement une diversité corporelle, qui favorise en partie l’atténuation des stéréotypes de genre. Avec cette nouvelle ouverture dans l’industrie de l’image, la société tend à valoriser une variété de corps et d’attitudes différentes. Des mouvements sociaux comme #metoo (#moiaussi) contribuent à changer les mentalités en révélant des abus de pouvoir et des actes de harcèlement à caractère sexuel. L’hypersexualisation ne serait-elle donc qu’un symptôme de notre époque? Impossible de le confirmer pour l’instant alors continuons à conscientiser les jeunes sur la portée de leurs choix et de leurs actes.


Marie-Pier Fortier rédige des articles de blogue pour le Réseau d'enseignement de la danse

Un article de Marie-Pier Fortier

Bachelière en danse contemporaine profil interprétation (Université du Québec à Montréal), Marie-Pier Fortier a débuté sa formation jeune. Après une initiation au ballet jazz, elle a pratiqué différents styles de danse et cumule une quinzaine d’années d’expérience en enseignement dans les milieux récréatif et scolaire. Observatrice et pédagogue, elle aide les gens à se surpasser et à trouver leur propre façon de bouger en plaçant la créativité au cœur de son travail. Bien qu’elle accorde beaucoup d’importance à la technique, elle ne devrait selon elle jamais être travaillée au détriment du plaisir. Depuis quelques années, Marie-Pier s’intéresse au yoga et suit une formation professionnelle en Danga auprès de Mylène Roy.

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