L’en-dehors démystifié (partie 1)

Indissociable du ballet classique, l’en-dehors est également utilisé dans d’autres genres de danse tels le jazz, le moderne, le contemporain, le flamenco et le Bharata Natyam. Toutefois, c’est surtout en ballet classique que l’on retrouve la quête du « parfait » en-dehors.

Pourquoi l’en-dehors est-il tant prisé en danse classique? Certainement pour des raisons esthétiques, car la rotation externe des jambes contribue à la beauté des lignes; mais aussi parce que l’usage conscient et habile de l’en-dehors présente plusieurs avantages.

Ah bon?! Eh oui!

Bien contrôlé, l’en-dehors permet au danseur :

  • de se déplacer aisément et rapidement dans toutes les directions;
  • d’augmenter le rayon d’action et les extensions de ses jambes et
  • d’améliorer sa stabilité et son équilibre grâce à une base au sol plus large.

Trop souvent une source de stress pour le danseur qui pense ne pas avoir suffisamment d’en-dehors, il est important de réaliser que :

  • La capacité de rotation externe varie d’une personne à l’autre, et la grande majorité des danseurs – même professionnels – ne possède pas l’en-dehors « idéal » de 180o.
  • L’en-dehors est influencé par des facteurs squelettiques et ligamentaires tels la longueur et la forme du col du fémur, l’angle dans lequel la tête du fémur s’intègre à la cavité articulaire de la hanche, la forme du bassin et la longueur des ligaments.
  • Optimiser l’en-dehors requiert un bon alignement du corps et une bonne synergie entre la souplesse et le tonus des muscles impliqués, facteurs sur lesquels l’entraînement peut heureusement exercer un contrôle.
  • Entraîner et consolider sa capacité de rotation externe est un processus qui demande patience et persévérance.

En réalité, le degré de capacité physique permettant la rotation externe des jambes n’est pas si important. Le principal, c’est d’apprendre à utiliser pleinement l’en-dehors que l’on a!

Comprendre pour bien générer l’en-dehors 

Souvent perçu à tort comme partant des pieds, l’en-dehors doit plutôt être initié par la rotation externe des deux têtes de fémurs dans les articulations des hanches.

La tête de fémur est constituée de deux parties, dont une protubérance osseuse qui se nomme grand trochanter. Les pieds en parallèle, la jambe bouge librement vers l’avant et l’arrière. Cependant, tentez de la lever de côté sans monter la hanche ni tourner le bassin; votre mouvement est plutôt limité, n’est ce pas? La raison, c’est qu’en parallèle, le grand trochanter butte sur le bassin osseux.

Effectuez maintenant le même mouvement latéral en rotation externe. Votre jambe n’est-elle pas plus libre, et ne monte-t-elle pas beaucoup plus haut? C’est parce qu’en rotation externe, le grand trochanter n’est plus une entrave.

Selon la personne, la capacité de rotation externe dans la hanche compte pour soixante à soixante-dix pourcent de l’en-dehors total. L’implication du bas de jambe, principalement dans la cheville, permet d’ajouter vingt à trente pourcent. Ainsi, un degré minime de rotation externe à la cheville est acceptable, du moment que celle-ci n’entraîne pas la pronation du pied.

Conséquences de forcer l’en dehors

Exagérer l’en-dehors à partir des pieds est lourd de conséquences, puisque cela crée des désalignements compensatoires dans tout le corps. Notamment, les chevilles roulent en pronation, les ligaments et autres tissus des genoux se tordent comme un linge essoré, et le bassin s’incline en antéversion, entrainant une lordose exagérée. Le corps ainsi désaligné, la bonne synergie musculaire est impossible, les pas sont plus difficiles à réaliser, et pire encore, le danseur coure un grand risque de blessures aux pieds, aux chevilles, aux genoux, aux hanches et au bas du dos.

À suivre – partie 2 : Assouplir en vue de tonifier


Portrait de Dominique Turcotte

Un article de Dominique Turcotte

Diplômée de l’École nationale de ballet du Canada et licenciée de l’Imperial Society of Teachers of Dancing, Dominique Turcotte a enseigné quatre ans au Ballet national avant de s’établir à Québec en 1983. Elle fut directrice générale et pédagogique de L’École de danse de Québec de 1985 à 2009. Très impliquée dans le développement de son milieu, elle a siégé sur plusieurs conseils d’administration et comités professionnels aux niveaux régional, provincial et national. Sa contribution au développement de la danse à Québec lui a valu plusieurs reconnaissances, incluant le prestigieux prix Femmes de Mérite du YWCA dans la catégorie Arts et Culture (2009).

Depuis 2011, Dominique se consacre à l’enseignement à titre de pigiste. Elle a été professeure invitée dans une douzaine d’institutions au Québec, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Dominique est membre fondatrice du Réseau d’enseignement de la danse. Coauteure du programme RED pour l’enseignement de la danse classique, elle enseigne occasionnellement lors de ses stages de développement professionnel. Elle est également membre du comité pédagogique aviseur du RED et contribue régulièrement à son blogue et à ses divers comités et activités.

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