Danse adaptée et intégrée : entrevue avec Marie-Joanie Raymond, directrice d’Au Nom de la Danse-Québec

Danse adaptée et intégrée : entrevue avec Marie-Joanie Raymond, directrice d'Au Nom de la Danse-Québec
5 décembre 2018
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Connaissez-vous Au Nom de la Danse-Québec? Cet organisme propose des cours de danse adaptée et intégrée aux personnes vivant avec et sans limitations physiques ou intellectuelles. Marie-Joanie Raymond, directrice de l’antenne québécoise, a répondu à mes questions avec une grande ouverture.

Comment as-tu découvert la danse adaptée et intégrée?

À la suite de mon baccalauréat en kinésiologie, je cherchais à poursuivre des études en gérontologie. J’ai donc contacté différents chercheurs dans l’objectif d’appliquer pour une maîtrise en lien avec l’activité physique et le vieillissement. Au regard de mon expérience et de mon intérêt pour la danse, l’un d’eux m’a mentionné qu’il réalisait des projets de danse intégrant des jeunes vivant avec différentes maladies neuromusculaires, paralysie cérébrale ou autres limitations physiques. Je n’avais concrètement jamais pensé poursuivre mon parcours en danse (même si dans mon cœur, j’en ai toujours eu envie). J’ai décidé de saisir cette opportunité et de m’en servir comme d’un tremplin pour combiner mes connaissances en kinésiologie et en danse dans le but de développer une pratique sécuritaire, qui apporte des résultats concrets aux participants. C’est ainsi que j’ai découvert la danse adaptée. Deux ans plus tard, dans le cadre de la tournée RED Rouge (jazz), Véronique Clément, directrice générale de l’organisme, m’a mise en contact avec Cécile Martinez, fondatrice d’Au Nom de la Danse en France. Une amitié et une collaboration sont nées.

Quelle différence y a-t-il entre la danse adaptée et la danse intégrée?

La danse adaptée consiste à offrir une classe de danse à un groupe de personnes ayant tous sensiblement une même capacité ou une même atteinte (par exemple, un groupe de danseurs constitué seulement des gens vivant avec une déficience intellectuelle). La danse intégrée inclut des gens avec et sans handicap.

tous les danseurs avec des limitations physiques ou intellectuelles peuvent -ils pratiquer la danse intégrée?

Il est toujours préférable de demander aux participants de remplir un formulaire médical et/ou une approbation du médecin pour valider la pratique d’une activité physique, peu importe la clientèle concernée (symptomatique ou non). Outre cela, j’aime à dire que la danse est une activité pour tous et que chaque personne, malgré une condition pouvant être ou sembler limitative, peut danser et trouver des moyens dans son corps de créer et de s’exprimer par le mouvement.

Les personnes vivant avec un handicap physique n’aiment pas toujours se retrouver dans le même groupe que des personnes avec un handicap intellectuel, car elles ne veulent pas être associées à ce type de limitation. Je recommande donc de ne pas mélanger le handicap intellectuel et physique dans un même groupe. Toutefois, selon les gens et le contexte, cela peut fonctionner. Sinon, il n’y a aucunes limites, encore moins dans un groupe intégré où des danseurs sans handicap peuvent aider des danseurs avec un handicap dans l’apprentissage et l’exécution des mouvements, la coordination, les déplacements, la création, etc.

Depuis combien de temps l’ORGANISME Au Nom de la Danse-Québec existe-t-IL?

Officiellement, depuis mars 2017.

 

Qu’est-ce qui t’attire dans l’enseignement de cette forme de danse?

L’aspect humain. Je fais de belles rencontres et je reçois une dose d’amour et de reconnaissance énorme à chaque cours. La clientèle vivant avec un handicap est débordante de gratitude. Le simple fait que quelqu’un s’intéresse à elle et propose un cours de danse adaptée à ses capacités est rare dans le contexte sociétal actuel. Je veux être cette personne. Je veux prendre le temps de travailler avec elle malgré les différences, car pour moi il n’y en a aucune.

As-tu remarqué quels effets positifs résultaient de la pratique de la danse adaptée?

Les bienfaits sont les mêmes pour les personnes vivant avec ou sans handicap. Ils sont d’ordre physique, cognitif, social, etc. Dans la littérature, de plus en plus d’études prouvent que la danse est une activité complète. Ainsi, le fait de sortir de la maison, de pratiquer une activité en groupe et de bouger sur de la musique ne peut qu’améliorer ou maintenir les capacités physiques de mes participants, en plus de leur laisser au passage un grand sourire sur le visage.

comme enseignant(e), Quelles qualités sont nécessaires pour enseigner la danse adaptée?

Être ouvert(e) à l’autre et avoir une très grande capacité d’adaptation, qui se développe avec le temps et la pratique.

Y a-t-il des occasions où le grand public peut être témoin du travail réalisé?

Oui! Nous organisons annuellement un spectacle-bénéfice, auquel s’ajoutent des événements ponctuels, des concours variés et des ateliers de sensibilisation ou d’intégration. Nous offrons également des formations pour les danseurs ou les intervenants qui souhaitent utiliser la danse avec une clientèle en situation de handicap. La prochaine aura lieu du 8 au 12 mars 2019 à Montréal.

par quels moyens le grand public peut-il s’informer au sujet des classes de danse adaptée et/ou intégrée offertes au Québec?

Le meilleur moyen reste la Page Facebook d’Au Nom de la Danse-Québec, ou par courriel à aunomdeladanse.quebec@gmail.com.

comment résumerais-tu la philosophie d’Au Nom de la Danse-Québec?

Rendre la danse accessible à tous. Favoriser l’intégration et l’inclusion des personnes en situation de handicap par l’art de la danse.

 


Un article de Marie-Ève Marcotte

Depuis 1984, Marie-Ève Marcotte pratique plusieurs styles : classique, jazz, moderne, contemporain, pointes, hip hop et lyrique. Elle enseigne depuis plus de vingt ans à des élèves de 3 à 50 ans (niveaux débutant, élémentaire, intermédiaire, avancé et semi-professionnel) et a remporté quatre fois la première place avec ses élèves dans trois compétitions différentes, ainsi qu’un «Hit of the day» à la compétition «Hit the floor Lévis». Elle a récidivé en 2016 avec trois premières places et une troisième place puis en 2017 avec deux premières places et une troisième place. Elle a personnellement gagné deux premières places avec un solo aux compétitions IDance et Hit the floor Lévis en 2016.

Marie-Ève affectionne le mélange de la technique et de la créativité. Elle cherche à communiquer différentes émotions aux spectateurs, avec l’objectif de transmettre le plaisir de danser et de favoriser l’accomplissement de ses élèves. Membre du Réseau d’enseignement de la danse depuis plus de dix ans, elle se forme tous les ans avec Lynn Simonson et Teresa Perez Ceccon lors du stage Simonson. Elle détient la certification RED d’enseignement de la danse jazz (niveaux 1 à 7) et de la danse classique (niveaux 1 à 7), en plus d’agir comme formatrice, évaluatrice et blogueuse pour le RED.

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