Classe technique ou atelier chorégraphique?

3 avril 2019
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Nous entendons souvent les termes « classe technique » et « atelier chorégraphique », car tout au long de notre parcours en danse, nous sommes appelés à évoluer dans différents contextes d’apprentissage. Malgré nos expériences souvent nombreuses, comprenons-nous vraiment ce qui différencie une classe technique d’un atelier chorégraphique? Sommes-nous en mesure d’identifier leur valeur formative propre pour que nos expériences artistiques atteignent l’épanouissement souhaité?

Pour commencer, est-ce une classe ou un atelier? Il faut retenir que le terme « classe » s’applique à un cours, une leçon à proprement parlé où l’enseignant transmet des notions théoriques et pratiques dans un but pédagogique plus global. Alors que, le terme « atelier » est quant à lui employé dans le contexte où un maître dirige les artistes dans un travail plus spécifique. Donc, il va s’en dire que pour le danseur, qu’il soit débutant ou expérimenté, la classe technique et l’atelier chorégraphique valent leur pesant d’or. Ensemble, ils contribuent à former le danseur d’une façon complète.

La classe technique et ses objectifs

La classe technique a pour but de former et d’entraîner l’élève dans un style spécifique de danse. Elle sert à l’apprentissage, la compréhension et l’exécution du vocabulaire et des pas. Elle est aussi le lieu où l’élève doit mettre en pratique plusieurs concepts d’entraînement physique. Parmi ceux-ci on retrouve, par exemple : le travail postural, le juste alignement des segments du corps, le développement moteur, le travail conscient d’équilibre entre le côté droit et le côté gauche du corps, la coordination dans les mouvements, le raffinement des lignes et des ports de bras, et le travail efficace des jambes. Lors d’une classe technique, l’élève y apprend également la musicalité, la rythmique ainsi que le travail d’expression et d’interprétation.

Si la classe est bien construite, chacun des exercices et des enchaînements présentés aura un but et, un ou plusieurs objectifs précis à atteindre chez l’élève pour qu’il parvienne à développer son plein potentiel en tant que danseur. Pour le danseur, la classe technique est donc, en quelque sorte, un passage obligé pour déployer et renforcer ses habiletés, se corriger et se perfectionner avant de pouvoir bien performer dans le style de danse étudié. Pour illustrer ceci, prenons l’exemple qu’avant de pouvoir lire un roman en entier, il faut apprendre à lire des mots, comprendre leur signification et la syntaxe pour ensuite être capable de lire et saisir le sens d’une phrase. Par conséquent, il en va de même lorsque nous voulons performer dans une chorégraphie. Il faudra, avant toute chose, apprendre les pas, savoir les exécuter de façon sécuritaire, les maîtriser dans son corps, les avoir répéter nombreuses fois dans des enchaînements pour ensuite pouvoir les danser et apprendre à les interpréter dans une phrase chorégraphique. La classe technique sera un incontournable tout au long de votre parcours de danseur!

L’atelier chorégraphique et ses perspectives

En atelier chorégraphique, le but est d’amener l’élève à danser, interpréter et parfois participer à la création d’œuvres chorégraphiques. Que ce soit dans l’optique d’une préparation à un spectacle, d’une participation à une compétition ou encore dans le cadre d’un atelier ponctuel, l’élève, guidé par l’enseignant (le maître), est invité à explorer et développer plus en profondeur son sens artistique et ses aptitudes d’interprète. L’atelier est l’endroit privilégié pour laisser libre court à sa spontanéité créative et à l’originalité. C’est l’occasion parfaite de sortir du cadre plus académique. La rencontre de genres et de styles divers devient alors possible, aidant l’émergence de chorégraphies aux signatures uniques.

Le travail peut être abordé de plusieurs façons par l’enseignant (le maître). Il peut présenter aux danseurs une chorégraphie ou des séquences imposées. Il peut également proposer un travail d’exploration du mouvement guidé par de l’improvisation venant des élèves par exemple. Ceci, aurait l’avantage d’encourager le travail d’équipe et de développer le sens de l’écoute des danseurs.

Contrairement à la classe technique, l’esthétique et le spectaculaire dominera peut-être avant la justesse du travail technique dans l’atelier chorégraphique. Néanmoins, le besoin ardent d’expression et de liberté du danseur sera nourri!

Les défis du secteur loisir

Dans la réalité des écoles de danse en milieu loisir, il n’est pas toujours simple de combiner les deux formules. On doit cette situation, entre autres, à la réalité de temps de classe bien souvent trop courte, d’enseignement à des élèves de plusieurs niveaux dans une même classe ainsi qu’aux contraintes liées à la préparation de spectacles et de compétitions.

Plusieurs façons de faire sont rencontrées dans les écoles pour composer avec cette réalité :

  • Pendant l’année à chaque semaine, certains professeurs décideront d’emblée de diviser leur cours en deux sections. Par exemple, en commençant la classe avec une partie technique pour ensuite la terminer avec une partie chorégraphique.
  • D’autres professeurs préfèreront diviser l’année en deux parties en commençant par donner des classes techniques en début d’année et en prenant les dernières semaines ou les derniers mois en ateliers chorégraphiques pour la préparation du spectacle.
  • D’autres encore choisiront uniquement l’approche « classe de troupe », laissant ainsi l’aspect chorégraphique prendra toute la place en vue de compétition par exemple. Dans ce genre de méthode, il faudra par contre s’assurer que les élèves reçoivent ailleurs une bonne formation technique afin d’éviter les blessures et l’apparition de «mauvais plis» techniques et physiques dans l’exécution de leurs mouvements. Cela va de soi qu’en répétant souvent la même chorégraphie, le professeur expose ses élèves à un travail physique qui ne sera pas équilibré (par exemple, une pirouette toujours faite du même côté, un grand battement toujours exécuté avec la même jambe).

Néanmoins, peu importe la formule adoptée, l’important c’est que l’enseignant garde à l’esprit les avantages et les limites du travail en classe technique, et ceux du travail en atelier chorégraphique. Il importe qu’il se rappelle la nécessité d’offrir à ses élèves la chance de découvrir la valeur qu’apportera chacun de ces modèles de cours à sa formation. Alors? Pourquoi ne pas planifier à l’occasion une sortie « découverte », lors d’un stage ou encore d’une activité avec un maître invité!


Un article de Maryse et Catherine

Codirectrices de l’école de danse Maryse Blanchard, Catherine Hamelin et Maryse Blanchard sont des professeures avec plus de 20 ans d’expérience. Elles sont toutes deux formées et certifiées enseignantes senior au Réseau d’enseignement de la danse (RED).

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