Capsule #2 – La danse classique

25 mars 2019
dans

Je suis Dominique Turcotte, enseignante en danse classique depuis bientôt 40 ans. Je vous présente une capsule sur la danse classique.

(INTRO)

Pourquoi faire du ballet? On peut dire qu’aujourd’hui, il est communément accepté que le ballet est la base de toutes les formes de danse théâtrale. La danse classique a été créée en France par le roi Louis XIV, le Roi Soleil, en 1661. Il y a donc bientôt 350 ans. Tous les autres genres de danse théâtrale se sont développés beaucoup plus tard. Bien que plusieurs d’entre eux aient renié la rigidité perçue du ballet classique, il est tout de même admis de nos jours que le ballet classique établit de bonnes bases en danse, qui servent à tous les genres.

Pour illustrer mon propos, dans le monde des compétitions en danse, il arrive très souvent que les compétiteurs se fassent dire : « Fais du ballet pour consolider ta technique ». Ce point illustre très bien les bases admises du ballet classique.

Le ballet classique permet de développer la précision du geste et la coordination dissociée. On peut par exemple travailler très fort le bas du corps – les jambes et les muscles posturaux exercent souvent de grands efforts – sans que cela paraisse dans le haut du corps, le visage ou le contrôle des bras. Cela donne un fini, une aisance au mouvement, une expressivité au geste. Avec les connaissances anatomiques et en sciences du sport que l’on possède aujourd’hui, il est possible d’enseigner la danse classique d’une manière respectueuse de l’anatomie, d’aider l’élève à comprendre son corps et donc à perfectionner sa technique tout en évitant le risque de blessure.

Parfaire la technique de la danse classique prend des années. L’accent est souvent tellement mis sur la technique qu’on peut avoir l’impression que le ballet est un art rigide et que le corps ne bouge pas mais au fil du temps – je dirais même dès le début avec un enseignement artistique –, on est capable de développer à la fois la technique et l’expressivité du geste, l’interprétation artistique. Personnellement, un des grands objectifs de mon enseignement est de faire en sorte que mes élèves, même tout-petits, ne soient pas seulement des danseurs techniques. Je veux les faire sortir de leur cadre corporel et que leurs gestes soient dotés d’une interprétation, d’une vie, d’une raison d’être.

Dans tous les genres de danse, on retrouve une structure d’entraînement assez établie. Traditionnellement, une classe de ballet dure au moins 90 minutes, car il y a beaucoup de matière à couvrir. On commence à la barre, où on va passer une trentaine de minutes à parfaire les pliés, les tendus, les ronds de jambe : toutes les actions de base du ballet. On va ensuite amener les étudiants au centre, où on peut reprendre certaines notions travaillées à la barre (sans le soutien de celle-ci) et approfondir le vocabulaire (tours et pirouettes, sauts et allegros, pas de déplacement et de liaison).

Ceci dit, l’ordre traditionnel est parfait pour les bunheads – les jeunes qui carburent d’emblée à la discipline et la rigueur du ballet classique et n’ont pas de difficulté à rentrer dans le moule – mais j’avoue que la plupart des jeunes, surtout ceux entre 7 et 9 ans qui pratiquent la danse de façon récréative, peuvent se sentir assez rapidement rebutés par une classe de ballet dans l’ordre traditionnel. Il y a beaucoup d’éléments à travailler, dont certains aspects comme l’en-dehors qui ne sont pas naturels… Un professeur peut donc facilement se perdre dans la technique et oublier de développer les autres qualités artistiques, le sens du mouvement ou des lignes dans les ports de bars, etc. Dans le programme de danse classique du RED que j’ai coécrit avec Danielle Lauzanne, on préconise de sortir du moule traditionnel dès les premiers niveaux et d’enseigner la classe de ballet en variant les ingrédients d’une fois à l’autre. Je ne faisais jamais ça il y a 20 ans mais j’ai beaucoup expérimenté ce modèle et j’avoue qu’avec des jeunes débutants de 7 à 12 ans, je commence maintenant toujours la classe par quelque chose qui bouge et qui va les sortir du moule dans lequel ils vont bientôt rentrer (pas marchés, pas courus, pas de valse, etc.). Ensuite, je fais deux ou trois exercices techniques (pliés, tendus, dégagés) avant de les amener au sol faire un ou deux exercices d’étirement ou du travail spécifique pour apprendre à pointer les pieds ou renforcer les muscles posturaux, par exemple. Puis on se relève et on fait deux ou trois exercices techniques à la barre ou au centre, qu’on alterne avec des ports de bras, des pas de déplacement, des sauts et des tours à la portée du niveau et de l’âge des élèves. Ils doivent apprendre à tourner dès le départ mais le programme de RED donne vraiment des indications claires pour savoir comment aborder les différents aspects des sauts et des tours. J’apprécie beaucoup ce modèle et je vois la motivation et l’intérêt qu’il suscite chez mes élèves. Ils ont l’impression de vraiment danser dès le début de leur session ou de leur formation en ballet.

Pour terminer mon témoignage, il me vient à l’esprit Diane Dufresne, que j’ai déjà entendue en entrevue. À l’époque, je ne savais pas qu’elle avait suivi une formation classique en musique avant de devenir la diva éclatée qu’on connaît. Elle a témoigné du fait que sa formation en musique classique lui avait pavé le chemin vers tous les autres genres musicaux et que sans elle, elle n’aurait pas pu devenir l’artiste qu’elle est. Je pense que c’est la même chose pour le ballet.

 

Ce projet s’inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre du Plan culturel numérique du Québec.

 


Un article de RED

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