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Intégrer la pleine conscience dans sa classe de danse

27 juillet 2020
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Par Nadyne Bienvenue

Selon certains spécialistes, la traduction « présence attentive » serait plus adéquate que le terme maintenant galvaudé de pleine conscience. Ce dernier est souvent associé à la méditation statique alors que le concept dont il est question est beaucoup plus vaste et que ses outils d’entrainement ne se limitent pas qu’à la méditation, tous types confondus.

La présence attentive consiste à observer ce qui se passe en soi et à l’extérieur de soi dans la bienveillance, donc sans jugement, et dans l’instant présent. À identifier nos pensées et nos ressentis de façon consciente. Nous prenons donc le temps d’accueillir ce qui est, l’honorer en quelque sorte, et c’est à partir de cette connaissance que nous pouvons prendre action, faire nos choix d’une façon beaucoup plus épanouissante pour nous-mêmes et les gens qui nous entourent. Que ce soit des choix d’actions, de pensées ou d’attitudes. Nous pouvons enfin sortir du mécanisme de réaction, du pilote automatique.

Pour guider ses élèves en classe, l’instructeur en danse se doit de pratiquer lui-même la pleine conscience dans sa vie. Les récentes découvertes sur les neurones miroirs et le système de résonnance sensorimotrice démontrent qu’il est essentiel d’avoir une conscience de sa propre expérience pour distinguer ses actions et ses pensées de celles des autres et pour comprendre les intentions, les émotions et les pensées des autres, nous dit Yvan Joly. L’empathie serait donc basée sur le somatique, sur l’expérience du corps vécu de la personne qui désire l’offrir.

Cela rejoint tout à fait les changements survenus dans le domaine de la psychothérapie avec la troisième vague des thérapies comportementales et cognitives. Elles sont avant tout centrées sur la reconnaissance et l’exploration active des émotions. Bien que l’éducation, académique, sportive ou artistique, ne constitue pas une thérapie, ni même de la prévention en vue d’une meilleure santé mentale des étudiants, il serait pourtant bénéfique d’outiller nos élèves avec ces pratiques simples afin, justement, d’éviter que le processus d’apprentissage ne contribue à générer encore plus de stress et d’anxiété.

Les avantages pour le danseur, peu importe son âge, peuvent être nombreux, dépendent des outils qui lui sont présentés en classe selon son niveau et varient en fonction de son engagement à les pratiquer hors de la salle de danse:

  • Réduit le stress et l’anxiété (particulièrement l’anxiété de performance très présente dans le domaine de la danse)
  • Développe une plus grande capacité d’attention et de concentration
  • Augmente l’estime de soi et la persévérance
  • Développe un regard sans jugement, envers lui-même et envers ses pairs

Dans le contexte d’un cours de danse, la connexion au corps offre de nombreuses possibilités d’intégrer les notions de présence attentive à travers les différents exercices d’échauffement, de technique et même durant l’apprentissage chorégraphique. Naturellement, ces différents outils doivent être adaptés à l’âge du groupe. Je vous présente trois idées pour vous inspirer.

  • Après votre échauffement, une fois que le corps fourmille de sensations, guidez vos élèves dans un balayage de leur corps entier (body scan). En nommant chacune des parties de leur corps (tête, épaules, bras, dos, etc.), invitez-les à ressentir les sensations dans cette partie du corps avec curiosité. Vous pouvez refaire cette expérience lors d‘un exercice technique pour les conscientiser sur la partie du corps qui travaille, mais vue de l’intérieur, par le ressenti, au lieu de simplement voir une ligne dans le miroir.

Vous pouvez refaire cette expérience lors d‘un exercice technique pour les conscientiser sur la partie du corps qui travaille, mais vue de l’intérieur, par le ressenti, au lieu de simplement voir une ligne dans le miroir.

  • À tout moment durant votre classe, si vous sentez la tension montée lors de l’apprentissage d’un mouvement complexe, invitez tous vos élèves à prendre trois grandes respirations pour reconnecter au moment présent. Cela leur permettra de prendre un peu de distance face à la difficulté. Vous pouvez d’ailleurs ajouter une phrase bienveillante lors de la respiration, telle que « tout va bien », « je suis capable d’apprendre ce mouvement », « je me donne le temps d’apprendre ». Puis, reprenez l’exercice.

Si vous sentez la tension montée en vous alors que votre classe vous semble dissipée, bavarde ou chaotique, prenez trois bonnes respirations avant d’intervenir. Vous serez en mesure de bien identifier ce qui se passe et d’être inspiré pour la suite.

  • Pour les plus grands, vous pouvez également les inviter à identifier, en un seul mot, comment ils se sentent maintenant, soit au début du cours, à la fin ou à tout autre moment durant la classe. Vous pouvez nommer quelques mots à titre d’exemple (des sentiments confortables et des sentiments inconfortables) et mentionner que tout ça, c’est OK. On peut respirer dans cet état et le laisser aller.

Vous pouvez également les inviter à dire leur mot à voix haute, à chacun leur tour ou de façon volontaire, dans le simple but de partager. Aucun retour ou commentaire de votre part n’est requis. Tous les mots devraient être reçus avec la même attitude. Celle d’honorer qu’ils aient été en mesure de connecter avec ce qu’ils ressentent et de le nommer.

Il serait intéressant de mener une étude clinique pour évaluer l’impact à moyen terme de ces pratiques sur le niveau technique des danseurs, la complexité des chorégraphies qu’ils sont en mesure d’apprendre ainsi que de leur expérience globale d’un cours de danse où l’on intègre des moments de présence attentive.

Chose certaine, la qualité des relations enseignant-élève et élève-élève est grandement améliorée par la pleine conscience. L’ambiance de la classe devient un lieu encore plus positif, plus calme, où l’on prend le temps de sentir ce qui se passe en nous et dans notre corps avec ouverture et curiosité. Un endroit encore plus sécuritaire où l’on peut pratiquer notre passion de la danse en étant simplement nous-mêmes.

Sources :

L’image de soi et la conscience de soi, Psychologie Québec, Yvan Joly M.A. (Psy), Mai 2006. http://www.yvanjoly.com/downloads/Art_imagesoi.pdf

Réseau d’information pour la réussite éducative http://rire.ctreq.qc.ca/2019/03/lecons-de-pleine-conscience-a-lecole-lapport-de-la-presence-attentive-en-milieu-scolaire/

Transformationg education (Mindfulness Toolkit) https://www.transformingeducation.org/mindfulness-toolkit/

Les interventions basées sur la pleine conscience : une revue conceptuelle et empirique, Heeren, A. & Philippot, P. (2009), Revue québécoise de psychologie (2010), 31(3), 37-61


Nadyne Bienvenue rédige des articles de blogue pour le Réseau d'enseignement de la danse

Un article de Nadyne Bienvenue

Formée en danse jazz, contemporaine et latine ainsi qu’en théâtre musical, Nadyne a également été instructrice d’aérobie et entraîneuse privée. Au fil de ses années d’enseignement, elle a développé un style bien à elle davantage basé sur le ressenti du danseur que sur la performance. Elle enseigne régulièrement depuis 2008 et travaille maintenant dans le milieu scolaire. Membre du répertoire culture-éducation pour le programme La culture à l’école, elle est artiste invitée en danses latines au secondaire et offre des cours de danse créative pour le niveau préscolaire et le premier cycle du primaire. Elle donne également des cours de Danse pleine conscienceMC aux adultes, une approche qu’elle a développée en 2017 et qu’elle a présentée au premier Symposium international sur la danse et le mieux-être en mai 2018.

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